L’investisseur intelligent – Benjamin Graham

L’investisseur intelligent possède un portefeuille équilibré entre actions et obligations

La Bourse est de plus en plus présentée comme un outil efficace et peu risqué pour faire fructifier son capital. Pourtant, l’histoire des marchés présente un tout autre visage de ce lieu que la vision idyllique vendue dans les annonces. Quelles sont les performances réelles de l’investissement boursier ?

Si divers produits financiers s’échangent en Bourse, vous pouvez toutefois vous intéresser uniquement aux actions et aux obligations. Ces deux types d’investissement suffisent à établir une stratégie d’investissement rentable.

Ainsi, rien ne justifie, pour un particulier, de se tourner vers des produits complexes généralement réservés aux professionnels.

L’action

Elle représente une partie du capital de l’entreprise émettrice. Elle octroie à son détenteur deux droits :

  1. Celui d’intervenir dans la gestion de l’entreprise par l’intermédiaire du conseil d’administration, auquel tous les actionnaires sont conviés ;
  2. Celui de percevoir un revenu à travers la distribution d’une partie des bénéfices de l’entreprise, sous forme de dividendes.

Lors de son entrée en bourse, une entreprise ouvre donc une partie de son capital et permet à chacun d’en acquérir une part sous forme d’actions à la valeur définie par le marché.

L’obligation

Il s’agit d’un titre de créance émis par un État, un service public ou une entreprise. L’obligation représente une dette financière remboursable dans un temps donné et donne le droit au versement d’un taux d’intérêt versé sous forme de coupon.

Les obligations sont notées par des agences de notation en fonction du risque de non-recouvrement de la créance. La note la plus élevée est AAA pour les obligations de première qualité (risque faible).

Il existe donc un marché des actions et un marché des obligations. L’analyse des performances de chaque marché permet d’identifier le produit à favoriser.

Par exemple, de 1915 à 1970, l’indice Dow Jones, l’indicateur boursier américain composé des actions de 30 grandes entreprises américaines, a connu une performance globale de 8 % par an.

Cette performance est supérieure à celle proposée par les marchés obligataires, qui peut fournir un rendement jusqu’à 7,5 %.

Ce constat ne permet pourtant pas de conclure que les actions présenteront la même surperformance sur les obligations dans les 50 prochaines années. Néanmoins, il permet d’affirmer qu’un rendement autour de 7 % est réaliste.

Il n’y a donc aucun moyen de savoir quel marché sera le plus rentable dans l’avenir. Ainsi, il est judicieux de répartir équitablement son portefeuille à 50/50 entre actions et obligations, puis de rééquilibrer le portefeuille à période fixe.

Finalement, les marchés des actions, qui représentent une partie du capital d’une entreprise, et des obligations, qui sont des titres de créances, sont très intéressants pour un investisseur particulier. Comme vous ne pouvez pas prévoir la rentabilité de vos placements, faites en sorte que votre portefeuille présente 50 % d’obligations et 50 % d’actions !

Ne confondez pas investissement et spéculation

La Bourse aime mettre en avant les gestionnaires à succès présentant des performances bien au-dessus de celles du marché. Ces personnes s’enorgueillissent de battre le marché et de proposer une méthode de gestion gagnante infaillible. Qu’en est-il vraiment ?

La fluctuation des prix boursiers est l’œuvre du marché. Elle représente les périodes de grandes espérances, où le cours est haut, et de peur panique, où le cours est bas.

Ainsi, certains secteurs d’activité ou certaines entreprises peuvent être plébiscités ou bien mis au ban selon le contexte économique et la tendance globale du marché.

Les gestionnaires à succès naissent en général dans les périodes de marché haussier. Ils utilisent leurs performances récentes comme un argument pour convaincre les investisseurs de confier leur argent à leur fonds afin de profiter de ces placements judicieux.

Leur stratégie d’investissement est d’investir dans des secteurs à fort potentiel présentés comme l’avenir de l’économie. Ils investissent dans des valeurs de croissance.

Autrement dit, ils acquièrent des actions d’entreprises dont les perspectives de croissance à moyen terme justifient de payer un prix parfois totalement décorrélé de la valeur de l’entreprise à l’instant T.

Ces discours étaient particulièrement courants dans les années 1990 avec les fonds qui investissaient dans les valeurs Internet, c’est-à-dire les nouvelles entreprises qui travaillaient dans ce domaine.

La croissance extrêmement rapide de ces sociétés a généré de grands espoirs et les cours des entreprises du secteur se sont envolés.

Malheureusement, la croissance infinie est un leurre et les taux de croissance à deux chiffres d’une jeune structure sont difficiles à reproduire lorsque l’entreprise grossit. Une grande partie des entreprises de l’époque ont déçu, voire fait faillite. La bulle Internet a éclaté et les fonds à succès ont perdu une grande partie du capital investi.

Le péché de ces gestionnaires est d’avoir agi en spéculateur et non en investisseur.

Un investissement est une opération réalisée, après analyse, dans le but de sécuriser le capital investi et de dégager un rendement honnête. Toutes les opérations réalisées sans ces considérations ne sont que spéculation.

Les spéculateurs sont à Wall Street ce que les joueurs sont aux casinos. Ils peuvent gagner pendant un temps donné mais, à la fin, c’est la banque qui gagne.

En conclusion, contrairement aux gestionnaires à succès, l’investisseur intelligent ne se prête pas à la spéculation. Il veille à sécuriser son capital et à analyser les opportunités sans tenir compte de la folie des marchés.

Suivant votre tempérament et votre disponibilité, vous pouvez être un investisseur actif ou passif

Suivre les marchés est une activité chronophage et énergivore qui nécessite un intérêt pour la chose. Pourtant, un investisseur intelligent n’est pas obligé de connaître l’évolution du marché en permanence. Comment adapter votre stratégie à votre profil?

Il existe deux profils d’investisseurs :

  1. L’actif, qui suit le marché et agit régulièrement ;
  2. Le passif, qui se contente d’une révision annuelle de ses positions, parfois sans prendre connaissance du contexte du marché.

Sachez d’abord que la règle d’une répartition 50/50 entre actions et obligations est adaptable. La répartition peut atteindre un ratio 75/25 selon les conditions de marché et le profil de l’investisseur.

Les obligations sont, par exemple, sécurisantes car elles offrent des intérêts fixes. Lors de son émission, l’obligation est à un prix nominal, le pair, accompagné d’un taux d’intérêt fixe et d’une échéance de remboursement.

L’obligation s’échange ensuite sur le marché et son prix évolue selon le niveau de risque de non-recouvrement et selon les aléas du marché.

Négociée en dessous du pair, elle présente un rendement plus intéressant que lors de son émission. À échéance, le remboursement se fait sur la base du prix nominal, permettant à l’acheteur sous le pair de bénéficier d’un gain supplémentaire.

Les obligations de qualité répondent aux exigences d’un investisseur passif car elles lui permettent :

  • de sauvegarder son capital ;
  • de faire des choix simples, puisqu’il suffit de retenir les obligations notées AAA ;
  • d’obtenir un rendement satisfaisant.

L’investisseur passif possède également, dans son portefeuille, une part en actions qui vise à reproduire la performance du marché.

Cette stratégie est facile à mettre en œuvre grâce aux ETF (Exchange-Traded Fund). Il s’agit de parts d’un fonds regroupant différentes actions et ayant pour but de reproduire la performance d’un indice ou d’un secteur d’activité.

Pour éviter d’avoir à suivre les marchés, l’investisseur passif investit de façon régulière et automatique sur des valeurs identifiées, notamment des ETF, sans tenir compte du cours. Cette stratégie lui permet de moyenner sa position.

L’investisseur actif, quant à lui, reprend la même stratégie que l’investisseur passif sur 90 % de son capital, avec des obligations et des ETF. Les 10 % restants de son portefeuille sont réservés à des placements en actions sur les bonnes affaires offertes par le marché. Il peut cependant augmenter la partie “actions” du ratio et assurer un suivi plus poussé.

En résumé, si vous ne souhaitez pas réserver trop de temps à l’analyse boursière, vous êtes un investisseur passif. Dans ce cas, favorisez les obligations et agissez sur le marché des actions grâce aux ETF. Si vous préférez être actif, suivez la même logique sur la majorité de votre portefeuille et consacrez le reste de votre capital à des titres présentant des critères qualitatifs !

Concentrez-vous plus sur l’analyse fondamentale que l’analyse technique

Les critères de sélection des valeurs peuvent s’appuyer sur différents types d’analyse. Quelle méthode privilégier ?

Lors d’un investissement, vous pouvez utiliser :

  • l’analyse technique, qui s’appuie sur l’examen des cours boursiers pour identifier les tendances du marché ;
  • l’analyse fondamentale, qui observe la valeur des entreprises et la compare aux cours du marché.

Il existe trois méthodes traditionnellement mises en avant pour battre le marché. Elles relèvent de l’analyse technique ou s’approchent de l’analyse fondamentale, mais avec un fort aspect spéculatif.

Suivre la tendance du marché (ou Trend Following)

Cette méthode issue de l’analyse technique repose sur l’observation des cours boursiers et l’identification d’une tendance qui est à suivre. Grâce à elle, vous pouvez acheter les actions qui montent puis les vendre lorsque la tendance devient baissière.

Ce modèle ne convient pas si vous êtes investisseur, car il ne prend pas en compte les conditions de marché et finit par conseiller l’achat de titres chers. De plus, la pratique semble dangereuse car elle contribue à la formation de bulles spéculatives, ce qui met en grand danger le capital investi.

Adopter une vision à court terme

Ce choix fait le pari que l’entreprise communiquera soit des bonnes nouvelles, par exemple le gain d’un appel à projets ou un réajustement des objectifs à la hausse, soit des résultats en hausse. Écartez cette option car elle se heurte donc à l’erreur humaine et à la concurrence.

Vous pourriez acquérir un titre trop cher et mettre en danger votre capital à cause :

  • d’estimations erronées ou déjà prises en compte par le marché, qui anticipe les nouvelles à venir ;
  • d’une annonce qui tarde à venir ;
  • de l’activité d’autres traders employant la même technique. Or plus il y a de demandes, plus le prix sera important. Vous risquez de payer vos actions trop cher et de participer à la formation d’une bulle.

Adopter une vision à long terme

La vision long terme présente les mêmes défauts que la vision court terme. Elle est même plus risquée car elle anticipe un futur toujours incertain, ce qui augmente la possibilité d’un écart important entre l’attendu et le réel.

L’analyse technique seule présente donc un danger important sur le capital. L’absence d’analyse des prix pour se focaliser sur les tendances mène à des décisions contraires aux règles d’investissement. Vous achetez alors dans un marché haut et vendez dans un marché bas.

Ainsi, en tant qu’investisseur, choisissez plutôt de prendre en compte les conditions de marchés et d’analyser la valeur en vous appuyant sur les derniers rapports financiers.

Quand le marché est haut, pensez surtout à concrétiser vos plus-values. Au contraire, quand le marché est bas, achetez les actions décotées d’entreprises solides.

En définitive, l’investisseur intelligent ignore le marché pour ne considérer que les chiffres et n’acheter qu’en ayant considéré une marge de sécurité. Son comportement est souvent opposé au marché : les envolées boursières sont pour lui un indicateur de vente et les plongeons celui d’un d’achat !

La validation de critères qualitatifs et quantitatifs conditionne votre décision d’achat

Les décisions d’investissement se prennent après une analyse poussée de la valeur d’un titre. Pour cela, il faut prendre en considération différents critères. Quels sont-ils ?

Évaluer un titre consiste à considérer :

  • des critères qualitatifs, par exemple les performances historiques et la situation financière de l’entreprise ;
  • des critères quantitatifs, en comparant les ressources de l’entreprise à la valeur du titre.

Ainsi, plusieurs critères doivent attirer votre attention.

La taille de l’entreprise

L’idée est d’écarter les sociétés trop petites et pouvant être confrontées à des difficultés. La capitalisation, c’est-à-dire la valeur de l’entreprise sur le marché, doit être d’au moins deux milliards de dollars.

Une solidité financière et des résultats positifs

La solidité financière d’une société est avérée lorsque :

  • ses actifs circulants, rassemblant les liquidités, les créances clients, les stocks, etc., sont deux fois supérieurs aux passifs circulants. Ces derniers correspondent aux dettes financières finançant le cycle d’exploitation de l’entreprise, soit le cycle lui permettant de créer de la valeur ;
  • ses dettes financières à long terme restent inférieures au besoin de fonds de roulement, c’est-à-dire l’argent dont l’entreprise a besoin pour fonctionner en attendant le paiement de ses clients.

Enfin, vérifiez que le résultat net de l’entreprise est positif sur les dix dernières années. La société doit donc verser un dividende sans interruption depuis 20 ans. Cela vous donne une information sur sa santé financière.

Son bénéfice net par action doit être en hausse d’au moins 30 % sur dix ans. Cela veut dire que, à résultats constants, l’entreprise a mené une politique de rachat d’actions. Vous voyez ainsi si la bonne santé de l’entreprise se convertit en valeur pour les actionnaires.

Ce dernier critère compare le bénéfice moyen des trois premières années à celui des trois dernières.

Un price-earning ratio correct

Le PER, ou price-earning ratio, correspond au rapport entre le cours boursier d’une action et le bénéfice net par action. Il représente combien se payent les bénéfices de l’entreprise sur le marché.

La règle est ici d’écarter les entreprises dont le PER est supérieur à 15, car cela signifie qu’elle est surcotée et qu’en achetant une part, vous payez 15 fois ou plus les bénéfices actuels.

Pour les éviter, utilisez le bénéfice moyen net par action des trois dernières années dans votre calcul. Plus le PER est élevé, plus vous spéculez sur les performances futures de l’entreprise. Vous devez donc éviter cela.

Un faible price-to-book ratio

Le PBR, ou price-to-book ratio correspond au rapport entre la capitalisation boursière de la société et la valeur nette de ses capitaux propres (passif de l’entreprise).

Ce rapport donne une indication sur la façon dont le marché valorise l’entreprise. Plus il est élevé, plus le marché valorise l’actif économique au-dessus de sa valeur réelle.

La règle est de s’écarter des PBR supérieurs à 1,5. Plus généralement, il est intéressant de multiplier le PER par le PBR et de s’assurer que le produit ne dépasse pas 22,5.

Somme toute, en considérant la taille de l’entreprise, ses résultats, sa solidité financière, son PBR et son PER, vous êtes en mesure de savoir si vous pouvez acheter une action ou non. Ces critères qualitatifs et quantitatifs vous éloignent des sociétés en difficulté financière et celles dont le cours intègre des espérances futures trop ambitieuses.

La marge de sécurité doit apparaître dans toutes vos estimations

Les cours boursiers intègrent toujours les résultats futurs de l’entreprise. Cette opération est délicate, car le futur est toujours incertain et qu’il serait dangereux de tabler sur une vision trop optimiste des prévisions à moyen terme. Comment juger le futur d’une entreprise sans tomber dans l’excès ?

Pour réfléchir objectivement au futur d’une entreprise, vous devez prendre en compte cinq éléments.

Les perspectives à long terme

L’analyse des perspectives à long terme se résume à deux questions :

  1. Quels sont les leviers de croissance de l’entreprise ?
  2. D’où viendront les profits ?

Concernant les leviers de croissance, méfiez-vous des entreprises qui misent trop sur la croissance externe, c’est-à-dire le rachat d’entreprises. Une entreprise qui préfère investir chez les autres plutôt que dans son activité est source d’interrogations.

De même, un panel réduit de clients est inquiétant. En 1999, par exemple, l’entreprise Sycamore était introduite en bourse et ne mentionnait qu’un seul client qui présentait, tout de même, un chiffre d’affaires de 11 millions de dollars.

L’entreprise était estimée à 15 milliards de dollars. Deux ans plus tard, le client a déposé le bilan et Sycamore a vu son cours chuter de 97 %.

Pour les profits, il est pertinent d’analyser les perspectives du secteur puis de vérifier si l’entreprise possède des atouts concurrentiels, des brevets par exempleUne entreprise bien positionnée dans un secteur en croissance est un indicateur positif pour les profits futurs.

L’équipe dirigeante

Faites attention aux dirigeants qui passent plus de temps à communiquer et à jouer sur la spéculation avec des effets d’annonce. Ceux qui présentent les perspectives à long terme plutôt que de commenter le court terme, le tout avec des objectifs réalistes, sont source de confiance.

La structure financière de l’entreprise

À partir des derniers bilans financiers, vous pouvez contrôler la bonne santé de l’entreprise. Pour cela, vérifiez le résultat, qui doit être positif, et l’état des dettes. Une règle est que la dette à long terme ne doit pas dépasser la moitié des capitaux propres de l’entreprise.

L’historique du dividende et du taux de distribution des bénéfices

La politique de distribution des bénéfices intéresse particulièrement les investisseurs. La distribution annuelle de dividendes, notamment si elle est ininterrompue depuis 20 ans, est un critère convaincant pour réduire le risque sur son capital.

Ces éléments permettent d’estimer l’avenir de l’entreprise à comparer avec le cours actuel. Si vous cherchez à investir sans prendre trop de risques, intégrez une marge de sécurité en prenant toujours l’hypothèse la plus défavorable dans vos calculs.

Pour récapituler, pour identifier les belles entreprises, vous devez analyser ses leviers de croissance et l’origine de ses profits. Observez également sa structure financière, l’attitude de ses dirigeants, son historique et son taux de distribution des bénéfices. Faites des estimations prudentes, car acheter trop cher l’action d’une belle entreprise reste un mauvais investissement !

Les bonnes affaires existent, il suffit d’apprendre à les voir

En prenant en compte des critères précis et en faisant preuve de prudence, vous faites un premier tri dans les valeurs à sélectionner pour un investissement. Il vous reste alors à différencier la bonne affaire d’une entreprise en perte de vitesse. Comment identifier une bonne affaire ?

D’abord, les bonnes affaires sont plus nombreuses dans un marché déprimé. De fait, dans un marché au plus bas, la majorité des titres sont de bonnes affaires.

Au contraire, dans un marché au plus haut, les bonnes affaires sont moins nombreuses, mais elles sont tout de même présentes.

Une bonne affaire correspond en fait à un titre dévalué par rapport à sa valeur réelle. Cela arrive lors d’un excès baissier, c’est-à-dire lorsque le cours de l’action est sous-évalué, à la suite d’un résultat décevant ou d’un désintérêt du marché.

En 1997, par exemple, les actions Warner-Lambert Co ont plongé de 33 % quand l’un de ses médicaments a été retiré provisoirement de la vente en Angleterre. Six mois après, le cours de l’action avait doublé.

Certains secteurs ont une activité cyclique, comme l’automobile. Leur cours boursier suit ce cycle en alternant forte croissance et récession.

Dans une période basse, des valeurs peuvent être injustement dévaluées par rapport aux autres entreprises du secteur. Elles ont le potentiel de présenter de bonnes affaires s’il y a un rattrapage lors du cycle de hausse.

Par ailleurs, l’étude du bilan financier de l’entreprise comparée au cours de l’action est un excellent indicateur. Certaines valeurs sont délaissées au point de valoir moins que l’actif de l’entreprise.

En 1964, par exemple, l’action Burton-Dixie Corp s’est échangée à 20 $ alors que son fonds de roulement valait 30 $ et ses capitaux propres 50 $.

Investir dans ces conditions paraissait une bonne affaire. Effectivement, en 1967, une offre publique d’achat a proposé l’achat du titre à 53,75 $, soit 163 % de profit en trois ans.

Si vous vous lancez dans ce genre d’opérations, ne vous attendez pas à un rattrapage rapide du cours. Il va falloir être patient, avoir une vision à long terme et ne pas craquer si jamais le cours continue à baisser.

Pour conclure, vous devez voir plus loin que le marché et ne pas céder aux crises de panique issues de légères contrariétés. Faites preuve de sang-froid, en prenant le temps de faire une analyse détaillée des derniers bilans comptables et une étude comparative du secteur.

L’histoire prouve la robustesse de l’analyse de la valeur

Afin de mieux comprendre l’analyse comparative d’entreprises, il est intéressant d’étudier un cas pratique, avec des sociétés de secteurs différents. Comment cet exemple illustre-t-il les excès boursiers dont vous devez profiter ?

Ce cas pratique s’intéresse à l’action Cisco, comparée à son homonyme Sysco.

Cisco Systems Inc développe des routeurs internet et a été introduite en bourse en 1990. En mars 2000, elle était la société la plus chère du monde avec une capitalisation de 548 milliards de dollars. Au cours de l’année 1999, ses actions se sont échangées à un PER de 219.

De son côté, Sysco Corp fournit des repas préparés à des chaînes de restaurants et est coté en Bourse depuis les années 1970.

En 1999, la capitalisation de Sysco était de 11,7 milliards de dollars et ses actions s’échangaient à un PER de 26, ce qui était inférieur à la moyenne du marché qui était à 31.

À cette époque, il est clair que Cisco System était une valeur bien plus tentante que Sysco. Elle représentait l’avenir de l’économie quand Sysco poursuivait sa mission de plats préparés.

Pourtant, un investisseur qui aurait mené une analyse poussée ne serait pas de cet avis :

  • en 1999, Cisco avait une forte croissance externe. Elle a dépensé 10,2 milliards de dollars pour l’achat de 11 sociétés en trois mois. De plus, un tiers de son résultat trimestriel provenait d’un crédit d’impôt. Aucun dividende n’a été distribué ;
  • Sysco a acheté plusieurs entreprises pour un montant de 130 millions de dollars. Les stock-options ne représentaient que 1,5 % des actions en cours. Ils ne présentaient donc pas un fort risque de dilution du cours, c’est-à-dire lorsqu’il y a plus d’actions sur le marché, ce qui fait baisser mécaniquement le prix de l’action. Enfin, Sysco a augmenté son dividende trimestriel de 9 à 10 cents.

En outre, il est important de rappeler qu’il est impossible pour une entreprise de combiner croissance et PER élevé. Autrement dit, plus une entreprise grandit, plus son taux de croissance va diminuer.

Le PER de 219 de Cisco était ainsi intenable pour une entreprise de cette taille. En 2001, Cisco a connu une perte d’un milliard de dollars car elle a subi des plans de restructuration et une dépréciation de ses actifs, car les entreprises qu’elle avait achetées étaient surévaluées. Ainsi, entre 2000 et 2002, les actions Cisco ont baissé de 75 %.

Quant à Sysco, ses profits ont été ininterrompus et son cours est monté de 56 %.

Ainsi, l’analyse des PER et du bilan comptable d’une société est une étape nécessaire pour éviter un piège boursier. Un PER excessif doit se justifier par des estimations très ambitieuses et réalistes, sinon il est l’indicateur d’une folie du marché.

Conclusion

En tant qu’investisseur intelligent, votre premier objectif est de sécuriser votre capital. Ainsi, selon votre profil, vous privilégierez des investissements en actions ou en obligations. Avec les obligations, ne considérez que les AAA. Quant aux actions, analysez l’entreprise qui vous intéresse afin de ne pas payer trop cher vos titres et mettre votre investissement à risque. Souvenez-vous : une entreprise solide financièrement mais dévaluée par le marché est la clé d’une bonne affaire !

1 réflexion sur “L’investisseur intelligent – Benjamin Graham”

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