Warren Buffet, l’effet boule de neige

Warren Buffett est une véritable icône américaine, parti de rien et aujourd’hui classé parmi les trois plus grandes fortunes du monde. Dans « Warren Buffett, l’effet boule de neige », Alice Schroeder décrit à la fois sa vie personnelle, ses relations parfois difficiles avec son entourage, sa vie professionnelle et les principes qu’il a mis en application pour construire sa fortune.

Warren Buffett est né 10 mois après le crash boursier de 1929, dans une famille où l’on a dû apprendre à très vite rebondir

Warren Edward Buffett est né le 30 août 1930 à Omaha (Nebraska). Il est issu d’une famille laborieuse qui a fait de l’intégrité et du travail son sacerdoce. C’est notamment son père, Howard, qui lui a transmis cette carte de score intérieure.

Howard est d’abord courtier à l’Union State Bank. Il est licencié en 1931, lorsque la banque fait faillite. Malgré un contexte économique particulièrement difficile, il monte en deux semaines une société de courtage avec deux associés, Carl Falk et Georges Skenicka, “Buffett, Skenicka and Co”. Après quelques mois difficiles, l’entreprise est un succès.

Sa mère, Leila, est un soutien important pour son mari, et donne l’image d’une mère dévouée à sa famille et à ses enfants. Mais avec ces derniers, elle se montre souvent très stricte, à tel point que Warren et sa sœur Doris ne se sentent pas aimés. Son affection se porte surtout sur la dernière de la fratrie, Roberta. Leila abreuve en permanence les deux aînés de mots très durs, jusqu’à les faire pleurer. Sa colère se porte en particulier sur Doris, et Warren assiste à des scènes parfois difficiles. Cela laissera des traces dans le psychisme des deux enfants. On dit de Leila qu’elle “frappait ses enfants avec des mots”.

Tandis que son mari se caractérise par une éthique rigoureuse, Leila est une femme surtout attachée aux qu’en dira-t-on, à la carte de score extérieure ; ce soucis de l’apparence est une conséquence de sa phobie de la maladie mentale qui frappe sa famille.

Warren montre très jeune un intérêt marqué pour les chiffres et leur mémorisation. Il invente des jeux basés sur les probabilités. Ainsi, il note toutes les plaques d’immatriculations des voitures qui passent dans la rue de la banque dans l’éventualité où celle-ci se fasse braquée afin d’être le seul à pouvoir renseigner les autorités, ou bien il prend les empreintes digitales des nonnes supposant que celles-ci viendraient à commettre un crime.

C’est un enfant qui souhaite être apprécié, ce qu’il conservera sa vie durant, qui aime la compétition et qui est pourtant souvent décrit comme solitaire. Il fait preuve d’une véritable obsession de la perfection et voue une vraie passion à l’argent : dès 6 ans, il multiplie les petits boulots pour se constituer une cagnotte, qu’il garde jalousement dans sa chambre, avec interdiction à quiconque d’y toucher.

Il vend des chewing-gums au porte-à-porte en refusant de vendre autre chose que des paquets de cinq chewing-gums pour cinq cents, distribue les journaux, ou encore travaille à l’épicerie de son grand-père, et prend ainsi conscience qu’il déteste les travaux manuels.

Il comprend très vite la notion des intérêts composés : l’argent s’accumule en intérêts qui se rajoutent ensuite au capital pour produire des intérêts plus importants. C’est l’effet boule de neige, qui peut très vite générer de véritables fortunes.

Lorsqu’il a treize ans, son père est élu au Congrès et la famille déménage à Washington. Warren éprouve des difficultés à s’intégrer dans sa nouvelle école. Ses notes chutent rapidement, il est qualifié d’indiscipliné, de paresseux. Il est parfois impoli. Entre 1943 et 1945, il multiplie les actes de petite délinquance, les vols, et fait même une fugue. Il trafique notamment des flippers afin d’augmenter leur rentabilité, vole des balles de golf dans les magasins qu’il revend après, et fait même de la fausse monnaie pour payer dans les distributeurs. 

Dès l’enfance, Warren Buffett se révèle un véritable petit homme d’affaires

À 11 ans, Buffett fait son premier investissement : il achète trois actions de Cities Service Preferred pour sa sœur Doris, et trois pour lui-même pour 38 dollars pièce. Les actions chutent à 27 dollars. Il attend qu’elles remontent et quand elles atteignent la valeur de 40 dollars, il les revend en faisant un petit bénéfice.

Quelques mois plus tard, ces actions atteignent plus de 200 dollars. De cet épisode, il retiendra trois leçons :

1. il ne sera plus obsédé en permanence par le cours de l’action achetée ;

2. il ne se précipitera plus pour vendre et faire un petit profit ;

3. il n’investira plus l’argent des autres sans être sûr d’être gagnant.

À 13 ans, Buffett a monté une véritable petite entreprise, basée notamment sur du porte-à-porte pour vendre des chewing-gums, du Coca-Cola et des magazines.

À 14 ans, il utilise ses économies pour acheter une ferme pour un montant de 1 200 dollars. Il la revendra six ans plus tard en faisant un bénéfice de plus de 96 000 dollars.

À 15 ans, il gagne 2 000 dollars par an en livrant le Washington Post. En 1944, il remplit sa première déclaration d’impôts, et obtient une déduction fiscale de 38 dollars en déduisant les frais d’utilisation de son vélo pour sa tournée de livraison de journaux.

À 17 ans, Warren et un ami, Don Danly, achètent des flippers usagés, les réparent et les placent chez des coiffeurs. Ils partagent ensuite les bénéfices avec les commerçants. Cette affaire est revendue dans l’année pour 1 200 dollars. Par ailleurs, Warren continue de livrer des journaux tous les jours.

Son père le presse alors de suivre des études universitaires. Il part étudier la finance et le commerce à l’Université de Pennsylvanie, puis à l’Université de Nebraska-Lincoln et obtient à 19 ans un diplôme en administration des affaires.

Si la facilité avec laquelle il réussit désarçonne bon nombre de ses camarades, il se fait aussi remarquer pour sa négligence et son immaturité pathologique ; il est capable d’écouter la même musique pendant des heures en frappant dans ses mains et peut tout à fait porter une chaussure différente à chaque pied.

Warren demande ensuite son admission à la Harvard Business School mais elle est refusée. Il postule alors à la Columbia Business School après avoir appris que de célèbres analystes financiers qu’il admire, comme David Dodd et Benjamin Graham, y enseignent. Bien qu’il se soit inscrit tardivement, sa lettre de motivation a réussi à convaincre les deux professeurs. Par la suite, ses interventions toujours pertinentes lui permettront d’entrer dans le cercle de Ben Graham. 

La pensée de Graham a influencé Warren Buffett

De 1951 à 1954, Buffett travaille comme courtier chez Buffett-Falk & Co comme vendeur. Ce métier ne lui convient pas vraiment, car il ne supporte pas de décevoir les gens : or, les intérêts du courtier ne sont pas toujours ceux du client, car le courtier est rémunéré à la commission, et non en fonction de la qualité de ses conseils.

En 1954 et jusqu’en 1956, il travaille chez Graham-Newman à New York, en tant qu’analyste, avec son ancien professeur et mentor Benjamin Graham. Il est connu pour avoir rédigé des méthodes d’investissements fondées sur la sous évaluation d’une action. Pour choisir dans quoi investir, il calcule la valeur que devrait avoir une action en fonction de sa valeur comptable, et l’achète si son cours actuel est inférieur à celui qu’il a calculé.

Ainsi même si une entreprise fait faillite, ses liquidités rembourseront au moins ses investisseurs voire, leur permettront de réaliser un profit.

De Benjamin Graham, il retient trois principes qui le guideront toute sa vie :

1. une action est un droit à posséder une partie d’une entreprise, qui représente ce que l’on serait prêt à payer pour acquérir l’entreprise dans son entier ;

2. les investissements sont basés sur des incertitudes, il faut donc toujours avoir une marge de sécurité suffisante ;

3. le marché ne fait pas la loi, ses fluctuations ne doivent pas influencer les choix des investisseurs.

Par ailleurs, il pratique la stratégie des “mégots de cigare” : il achète des actions d’entreprises bon marché qui ont échappé à la vigilance des autres investisseurs, mais qui ont un fort potentiel de développement.

Enfin, Graham fait preuve d’une grande probité vis-à-vis de ses associés et des autres investisseurs. Découvrant qu’une de ses actions s’échangeait à un prix si bas qu’elle ne reflétait pas les obligations, il a racheté une grande partie de l’entreprise afin de forcer le conseil d’administration à verser leurs obligations aux actionnaires.

Cette rencontre marquera le style d’investissement de Buffett pour de nombreuses années. 

La création d’un empire

En 1951, Warren Buffett achète et revend sous les conseils de ses pères Howard Buffett et Ben Graham. Cependant, il défie leur autorité lorsqu’il décide d’acheter des actions GEICO, une compagnie d’assurance. Pour les pères spirituels, victimes du krach de 1929, l’action est surévaluée. Il vend les actions à qui est prêt à l’écouter et ce sera finalement un pari gagnant.

Il se distingue par la suite dans son travail avec Graham-Newman qui lui demande de gérer un arbitrage entre des actions Rockwood et des fèves de cacao.

Un investisseur, Jay Pritzker est engagé par Rockwood pour diminuer les coûts fiscaux. Pritzker réduit le champ d’activité de Rockwood et liquide partiellement le stock de fèves de cacao. Au lieu de vendre les fèves contre de l’argent, il les vend contre des actions Rockwood.

Buffett doit échanger des fèves contre des actions Rockwood achetées par Graham-Newman. Ils échangent ainsi une action à 34 dollars contre 36 dollars de fèves et réalise une marge à 2 dollars par action. Pour éliminer le risque d’une chute du prix du cacao, Graham-Newman vend des futures (action sur le cacao vendue dans le futur à un prix défini dans le présent), et ils obtiennent ainsi un bénéfice de 2 dollars par action vendue.

Mais Warren est plus malin. Il se demande pourquoi Pritzker veut les actions et fait de même car avec moins d’actions en circulation sa part augmentera. Il achète donc 222 actions Rockwood et attend. L’action grimpe à 85 dollars et Warren empoche 13 000 dollars.

En 1956, Ben Graham prend sa retraite, et, au vu des résultats exceptionnels de Buffett, lui propose de devenir General Partner. Buffett refuse, car ce qui l’intéressait chez Graham-Newman, c’était de travailler avec Graham.

Il retourne alors à Omaha et fonde Buffett Associates Ltd et fait entrer sa famille et ses amis dans le capital à hauteur de 105 100 dollars.

Il constitue ainsi plusieurs fonds pour chacun de ses associés Buffet Fund Ltd (120 000$) avec Howard Dodge, un ancien client de Graham-Newman, et B-C Ltd (55 000$) avec John Cleary secrétaire de son père au Congrès. Il fonde ensuite Underwood Ltd (85 000$) avec la mère d’un ami ; Dacee Ltd (100 000$) avec une cliente de l’épicerie de son grand-père mariée à un médecin renommé ; Mo-Buff Ltd (70 000$) avec les Monnen ; Glenoff Ltd (50 000$) avec une grande famille d’Omaha ; Emdee Ltd (110 000$) avec un cercle de médecins ; et enfin Buffett-Holland.

Le 1er janvier 1962, Warren Buffett fusionne les fonds et crée Buffett Partnership Ltd (BPL) dont les actifs nets s’élèvent à 7,2 millions de dollars et dont les rendements à 46% par an survolent les 22% du Dow.

Cette période est surtout marquée par une rencontre décisive pour le reste de la carrière de Buffett, celle de Charles T. Munger, un avocat qu’il aide à se reconvertir dans la gestion de portefeuilles. Munger deviendra l’un de ses grands amis, mais aussi son principal associé.

Rapidement, les mégots de cigares viennent à manquer. Buffett prend alors ses distances avec l’approche quantitative de Graham et se laisse aller à l’approche qualitative des entreprises, c’est-à-dire en laissant plus de place à l’intuition. Cela lui vaudra de beaux succès notamment celui de l’achat d’American Express. Mais Warren Buffett veut plus.

Warren Buffett transforme Berkshire Hathaway, une modeste entreprise de textile, en une star de la bourse

Un ami lui parle d’une société industrielle spécialisée dans le textile, Berkshire Hathaway, qui pourrait correspondre à ses critères d’investissement.

Il commence par en acheter quelques parts puis, par vanité après une dispute avec le patron de l’usine, en 1965, le Buffett Partnership Limited devient le premier actionnaire de Berkshire Hathaway.

En effet, le patron, Seabury réalisait une OPA sur sa propre entreprise quand Buffett a commencé à acheter des parts. Au terme d’une réunion, Buffett et Seabury avaient convenu que Buffett pourrait vendre ses actions à 11,5 dollars mais au dernier moment Seabury a envoyé une lettre en informant qu’il rachèterait les actions à 11,375 dollars.

Buffett furieux, décide de réaliser sa propre OPA. Il prend le contrôle d’une société à bout de souffle : pour sauver Berkshire Hathaway, il devra sans cesse l’adosser à d’autres structures pour rééquilibrer son portefeuille. Ainsi, dès 1966, il l’arrime à National Indemnity, une entreprise d’assurance.

En 1968, il tente même de s’en débarrasser mais ne trouve pas preneur. Finalement, cette société finit par avoir une véritable valeur sentimentale pour Buffett. Il ne se sépare que très tardivement de la branche textile de la société en 1985, et reconnaîtra que c’était une erreur d’avoir attendu si longtemps.

Après son année la plus fructueuse en 1970, le Buffett Partnership Limited est fermé aux nouveaux investisseurs et la plus grosse part des actifs liquidés revient à Berkshire Hathaway. Warren Buffett peut alors se consacrer pleinement à cette société, c’est-à-dire aux multiples sociétés qui lui sont rattachées en investissant les fonds de l’entreprise dans d’autres entreprises.

Il se fait nommer président et commence à écrire sa célèbre “Lettre annuelle aux actionnaires”. Alors que le chiffre d’affaires dans son domaine originel du textile n’est que de 45 000 dollars, les activités de Berkshire Hathaway dans l’univers de la banque, de l’assurance et de l’investissement représentent 4,7 millions de dollars.

En 1973, Berkshire Hathaway a un rendement de 8% et les marchés boursiers sont en baisse : ce sont les périodes que Warren Buffett préfère, car elles lui permettent d’acquérir de nouvelles actions. Berkshire Hathaway continue d’investir. Warren entre au conseil d’administration du “Washington Post” et devient un ami proche de sa présidente, Katherine Meyer Graham.

Grâce à son grand sens de la probité, Warren Buffett est capable de retourner les situations les plus délicates à son avantage

En 1974, Buffett et Munger sont à la tête d’un véritable empire. Ils décident d’investir dans une caisse d’épargne ensommeillée : Wesco, qui s’était auparavant vu offrir une fusion avec la Financial Corporation de Santa Barbara.

Cette transaction fait l’objet d’une enquête de l’autorité de contrôle des marchés financiers américains, la SEC (Security and Exchange Commission). Buffett et Munger sont suspectés d’être responsables de l’échec de la fusion entre Wesco et la Financial Corporation de Santa Barbara.

Par ailleurs, la structure tentaculaire de Berkshire Hathaway laisse penser qu’une fraude est à l’œuvre tant le réseau entre les entreprises est devenu complexe.

Finalement, non seulement ils en sortent blanchis, mais Buffett est nommé pour participer à un panel de spécialistes invités à étudier les bonnes procédures d’information de la part des entreprises.

En 1977, Buffett et Munger décident d’investir dans un journal : le “Buffalo Evening news”. Lorsqu’ils décident, pour développer les ventes, de faire une édition le week-end, ils sont attaqués par le concurrent du journal : le “Courier Express”. Le journal s’appuie sur la loi antitrust et les accuse de vouloir instaurer un monopole sur la ville d’après une déclaration de Buffett selon laquelle il considèrerait qu’une rivalité entre journaux ne peut conduire qu’à la disparition d’un des adversaires.

Dans un premier temps, le “Courier Express” obtient gain de cause, et le “Buffalo Evening news” doit respecter un certain nombre de restrictions. Le journal est un échec, et Buffett n’est pas loin de perdre 35 millions de dollars.

Mais en 1979, le jugement est cassé en appel. Deux ans de parution sous restriction ont causé de gros dégâts, la bataille juridique a coûté cher et Buffett a dû faire face en 1980 à une grève des typographes et des transporteurs qui a failli provoquer la fermeture du journal.

Pourtant, en 1981, le journal enregistre un bénéfice d’un million de dollars. De son côté, le “Courier Express” a dû faire face lui aussi à de nombreuses difficultés, et a finalement fermé définitivement. La bataille est gagnée.

Warren Buffett a développé une philosophie des affaires et une stratégie boursière qui lui permettent d’être à l’abri des fluctuations de “Monsieur le Marché”

Warren Buffett a été qualifié par Munger “d’acquéreur implacable”. Il applique la philosophie de Benjamin Graham : l’investissement systématique. Pour choisir dans quoi investir, il calcule la valeur que devrait avoir une action en fonction de sa valeur comptable, et l’achète si son cours actuel est inférieur à celui qu’il a calculé.

Il lui faut donc déterminer la valeur intrinsèque d’un investissement, prendre en compte le risque inhérent à tout investissement et se laisser une marge de sécurité importante.

Ensuite, son système est fondé sur les intérêts composés qui font tout le travail : ils sont réinvestis pour devenir à leur tour porteurs d’intérêts. Il limite la diversification, ce qui lui permet de mieux connaître chacune des entreprises dans lesquelles il investit, et il garde la plupart du temps les dirigeants des entreprises qu’il achète même s’ils sont très âgés, car ils connaissent leur métier.

Buffett reste toujours dans son cercle de compétences, et refuse d’investir dans un domaine qu’il ne comprend pas en termes de potentiel économique. C’est en partie ce qui l’empêchera d’investir dans les nouvelles technologies et l’informatique en général.

Il n’est jamais aussi à l’aise que lorsque les cours du marché sont au plus bas, car c’est dans ces périodes qu’il peut investir le plus.

Il considère que pour que le cours d’une action reflète la valeur véritable de l’entreprise, un certain temps est nécessaire. Il pense toujours à long terme : un investissement est fait pour durer, et il n’est jamais bon de s’emballer quand le marché est en hausse.

Il fuit les entreprises où des problèmes humains risquent de se poser (licenciements, grèves, etc.) notamment depuis le rachat l’entreprise Dempster en 1962 ; les stocks étaient mal gérés et engloutissaient les liquidités de l’entreprise ce qui a conduit Buffett à licencier en masse. Seule entreprise à générer de l’emploi dans la ville, Buffett s’était mis la population à dos, chose qu’il ne supporte pas.

Par ailleurs, Buffett investit aussi dans des entreprises qui ont une grande notoriété, qui les met à l’abri de la concurrence, comme le “Washington Post” ou Coca-Cola.

Pour toujours réinvestir, Buffett a besoin d’un fonds de caisse permanent. Ce sont des compagnies d’assurance et de réassurance comme GEICO, General Re ou, en 1966, National Indemnity, qui le lui fournissent. Dans ces compagnies, les primes sont payées en amont par les clients, et les fonds ne sont débloqués qu’en cas de sinistre.

Par ailleurs, la réussite de Buffett repose en partie sur le fait qu’il participe à la gestion des entreprises dont il est actionnaire, et c’est ce qui lui permet d’obtenir des rendements plus élevés que la moyenne.

Si le modèle paraît simple, il demande une énorme quantité de travail sous-jacent. Mais en appliquant ces principes, depuis les années 1960, Buffett a obtenu un rendement annuel moyen de plus de 20%, ce qui est exceptionnel.

Warren Buffett a pu se consacrer à l’argent grâce aux femmes

Durant ses études, Buffett, qui a toujours été très timide avec les filles, est tombé amoureux de Susie Thomson, mais cette attirance n’était pas réciproque.

Afin de parvenir à ses fins, Warren se rapproche des parents de Susie. Cette stratégie porte ses fruits et en 1951, Warren épouse Susie.

Celle-ci, ayant détecté chez Warren une grande fragilité liée à son enfance, se comportera toujours un peu comme une mère avec lui et aura une attitude très protectrice. Ils auront trois enfants : Susie Junior (1952), Howard (1954) et Peter (1958). Tous, et notamment Susie Junior, se sont sentis délaissés. Travailleur acharné, Buffett avait très peu de temps à leur consacrer. Il partait par ailleurs du principe qu’il serait néfaste pour ses enfants d’être trop gâtés, et de penser qu’ils hériteraient de la fortune de leur père.

Enfants, Susie Junior, Howard et Peter n’avaient pas l’impression d’appartenir à une famille riche. Ils ont su très tôt qu’ils n’hériteraient pas de leur père, car celui-ci considérait qu’ils devaient se faire eux-mêmes.

Bien qu’il ait annoncé à plusieurs reprises qu’il prenait sa retraite, il n’a jamais cessé de travailler. Susie Junior s’est donc investie très tôt dans de nombreuses œuvres caritatives et, dans les années 1970, s’est tournée vers la chanson, tout en palliant constamment l’incapacité de Warren à prendre soin de lui-même. Warren ramenait l’argent et Susie faisait tout ce qu’il fallait faire pour qu’il n’ait que ça à faire.

En 1977, sa femme part s’installer à San Francisco, même si elle ne divorcera jamais officiellement. Avant de partir, elle demande à Astrid Menks de s’occuper de Warren. Celle-ci deviendra sa compagne, et s’installera avec lui en 1978.

Astrid est une femme aux goûts simples qui correspond au mode de vie économe de Warren. Elle remplira le vide laissé par Susie en prodiguant les soins nécessaires à l’immaturité de Warren.

Parallèlement, Susie ne cesse d’élargir le nombre de ses “patients” et se donne corps et âme aux malheureux, usant habilement de son influence sur Warren pour donner des sommes d’argent toujours plus conséquentes.

À 47 ans, Buffett vaut 72 millions de dollars et dirige une entreprise qui en vaut 135. C’est l’un des hommes les plus importants d’Omaha, et il participe au conseil d’administration de plusieurs banques, du Washington Post et d’un certain nombre d’autres entreprises.

À compter du début des années 1990, on diagnostique à Susie plusieurs cancers. En 2003, elle est atteinte d’un cancer de la gorge. Après une opération, elle guérit mais meurt finalement d’une attaque en 2004. Warren est dévasté : il a toujours pensé que Susie lui survivrait et gèrerait sa succession. En 2006, il finit par épouser Astrid.

À partir des années 1995, sous l’influence de Susie notamment, Buffett assouplit sa position à l’égard de ses enfants. Il accepte de leur donner un million à leur anniversaire tous les cinq ans, et de leur laisser une somme respectable à son décès.

Il faut aussi mentionner Katharine Meyer Graham, présidente du « Washington Post ». Femme déçue par les hommes qu’elle ne cesse d’idéaliser, Warren lui apprend à tenir tête à son conseil d’administration et elle lui apprend le bridge — une passion qui constituera son principal motif à l’achat d’un ordinateur.

Ils nourrissent une amitié qui défraie la chronique car Kat introduit Warren dans les cercles influents de New York. Elle lui permet ainsi de rencontrer des politiques, des artistes ou les membres des familles royales.

Le temps qu’ils ont pu passer ensemble en fait la troisième femme de Warren Buffett grâce à qui il a pu étendre son influence et accéder au statut qui est le sien.

Buffett donne l’image d’un investisseur honnête qui mène son activité en s’appuyant sur un certain nombre de valeurs morales

Buffett a développé une conception très personnelle de la gestion de portefeuille : il se doit de réussir pour ses clients et refuse de les décevoir. Il s’engage toujours davantage qu’un gestionnaire ordinaire, il les conseille. Il place la loyauté au-dessus de tout. Cette manière d’être lui a toujours valu une bonne réputation, et grâce à certaines interventions, il a même pu apparaître comme un “chevalier blanc”, garant de probité, et opposé aux OPA hostiles.

Ainsi en 1972, il révèle l’affaire de Boys Town. Il s’agit d’un centre d’accueil d’enfants sans abri, qui levait des fonds très importants en liquide, et ne faisait que de très faibles dépenses pour ses protégés.

En partie rédigée par Buffett, cette enquête publiée dans le « Omaha Sun », remporte le prix Pulitzer, et entraîne la mise à l’écart de ses dirigeants.

Elle introduit également Buffett dans le cercle de la presse et des rédacteurs en chef et lui permet enfin d’épingler ces religieux qu’il soupçonnait de crimes dans son enfance.

En 1986, il est approché par John Gutfreund, le Directeur de la firme de trading Salomon Brother car, après plusieurs années de profit, les bénéfices de la société s’effondrent suite à de mauvaises décisions et à une augmentation de 40% de la masse salariale. Berkshire Hathaway acquiert 12% de Salomon Brothers Inc., et devient le premier actionnaire de l’entreprise, mais il s’avère qu’il y règne une ambiance détestable.

Suite à des malversations, notamment de l’équipe dirigeante, Salomon Brothers Inc. est contrainte de payer des amendes records. Buffett redresse la barre en collaborant avec les autorités, et en faisant en sorte que les coupables soient traduits en justice. Lui-même s’investit en tant que président par intérim.

En témoignant devant le Congrès contre les membres de l’équipe dirigeante fautifs, il passe du statut d’investisseur éclairé à celui de héros réformateur à l’origine du sauvetage de Salomon Brothers.

D’un point de vue financier, le sauvetage de l’action de Salomon permet au cours de celle de Berkshire de quasiment doubler, la positionnant à plus de 18 000 dollars l’action. La fortune de Buffett est alors estimée à 8,5 milliards de dollars.

Warren Buffett, parfois traité de conservateur, se révèle pourtant visionnaire et devient l’oracle d’Omaha

À la fin des années 1990, les idées de Buffett sont qualifiées de rétrogrades. L’homme développe toujours les mêmes thèmes : pourtant grand ami de Bill Gates qu’il considère comme son fils, il se tient résolument éloigné de tout ce qui touche à l’informatique, sous prétexte qu’il refuse d’investir dans ce qu’il ne connaît pas.

Cela lui permet notamment de ne pas perdre d’argent lors de l’explosion de la bulle spéculative autour des nouvelles technologies en 1962. Mais la finance a oublié cette leçon.

Dans un fameux discours à Sun Valley en 1999, il prédit que le marché ne continuera pas longtemps à répondre aux attentes des investisseurs. Alors que tous les indicateurs extérieurs semblent démontrer qu’il a tort, l’éclatement de la bulle Internet lui donne finalement raison et redore son image.

Dans les années 2000, Buffett souligne à plusieurs reprises la dangerosité et la toxicité des produits dérivés qui ne sont pas régulés, les qualifiant de “bombes à retardement” et “d’armes de destruction financière massive”. Il ne croit pas à l’idée que le partage et la dilution du risque entre les différents acteurs de ces placements les rendent fiables. Buffett et Munger prévoient un tsunami financier, qui arrive finalement en 2008. Générée par un endettement démesuré qui a gonflé artificiellement l’économie, la crise de 2008 se produit lorsque des pertes sont annoncées sur les prêts “subprime”.

Buffett profite de la crise pour investir dans des banques comme la Goldman Sachs, quand les cours sont très bas. Grâce à sa bonne réputation, sa seule présence rassure et permet de lever des fonds chez d’autres investisseurs. Même si en cette période de crise la valeur de l’action de Berkshire chute, le déclin est beaucoup moins important que dans d’autres entreprises d’investissement, banques ou organismes de prêt.

Durant cette période où plus personne ne prête, Buffett lui accepte de prêter à des taux souvent exorbitants (à 15% pour Harley Davidson, par exemple).

Buffett devient alors le plus grand symbole public de responsabilité financière, et lui qui au début de sa carrière se méfiait de la presse, se met à fréquenter assidûment les plateaux de télévision pour présenter sa vision du monde des affaires.

Ses prévisions quant à la bulle spéculative de 1962, sa prévision du choc pétrolier de 1973, sa critique des dot.com en 2000, et des “subprimes” achèvent d’en faire l’oracle d’Omaha.

Warren Buffett a choisi de distribuer son héritage de son vivant

En juin 2006, Warren Buffett annonce qu’il souhaite redistribuer 85% de la valeur de Berkshire Hathaway entre plusieurs donations : en majorité la fondation Gates, mais aussi la Fondation Buffett, les fondations de ses enfants et celle de Susie, ainsi que d’autres œuvres de charité.

Déjà au cours de sa carrière, il avait permis à ses investisseurs de donner 2 dollars par action à l’œuvre caritative de leur choix. Étant lui-même un défenseur de la liberté de choisir de procréer ou non, il a dû arrêter lorsque les lobbys anti-avortements ont fait pression sur lui.

Avec les Gates, il partage une philosophie selon laquelle chaque vie a une valeur égale, sans considération de couleur, de sexe ou de religion. Comme eux, il pense qu’il vaut mieux se concentrer sur quelques sujets, en l’occurrence la santé et l’éducation, pour gagner en efficacité, au lieu de se diluer dans des causes trop nombreuses.

Il n’a par ailleurs pas manqué de réaffirmer son engagement en s’opposant aux réformes qui avaient pour but d’alléger l’imposition des plus riches.

Sa grande idée directrice est le modèle de la Loterie Ovarienne : rien ne justifie qu’il soit né aux États-Unis et qu’il ait eu la possibilité de devenir riche. L’argent sera ainsi distribué sur plusieurs années, et sa seule exigence est qu’il soit dépensé au fur et à mesure qu’il est reçu.

Aucun don d’un tel montant n’avait jamais été annoncé. D’autres personnalités suivront son exemple, comme l’acteur Jackie Chan ou l’homme le plus riche d’Asie : Li Ka-Shing.

L’héritage de Buffett est également constitué de son entreprise phare : Berkshire Hathaway. Or, trouver un successeur ne s’avère pas une chose aisée, puisque la société est liée à la personnalité de Buffett. Plusieurs successeurs sont envisagés, quatre gestionnaires d’investissement sont testés pour prendre sa suite, mais aucun nom définitif n’est avancé.

De toute manière, malgré son âge, Buffett reste à la tête de Berkshire, continue à travailler et affirme qu’il se sent très bien. Ni lui, ni son second Charles Munger n’annoncent de date de départ.

Buffett ne distribue pas que sa fortune : à partir de 2002, il accélère le rythme de ses conférences étudiantes. En effet, il a toujours été animé par la volonté de transmettre les principes qui lui ont permis de réussir, que ce soit auprès des actionnaires, des étudiants ou dans les médias, et de prévenir des dangers qu’il voit se profiler.

Certains étudiants font même un pèlerinage pour rencontrer le sage d’Omaha. Ce qu’il enseigne, ce sont les leçons qu’il a tirées du déroulement de sa propre carrière, et les “accidents heureux” qui ont mené au succès de Berkshire Hathaway.

Selon Munger, le succès de l’entreprise repose sur “un réseau parfaitement continu de confiance méritée” : les deux hommes ont en effet toujours su s’associer à des partenaires qui partageaient la même vision des choses qu’eux, et qui avaient une confiance totale dans le flair de Buffett. 

Conclusion

Warren Buffett, sacré homme le plus riche du monde en 2008, est un exemple parfait de réussite à l’américaine. Lui-même avoue d’ailleurs que le fait d’être né aux États-Unis a constitué le premier et peut-être le plus grand de ces “accidents heureux” qui l’ont mené au succès. Mais ce succès est également dû à une force de travail hors du commun, et à la philosophie qu’il a développée, fondée sur quelques règles simples, comme celle de l’investissement systématique qui génère des intérêts composés. Par la suite, il a développé une stratégie avec une vision sur le long terme qui lui a toujours permis de ne pas être à la merci du marché, et de faire ses meilleures affaires quand ce dernier s’affaiblissait.

Ce qu’il faut retenir de la lecture de ce résumé :

– Warren Buffett est né 10 mois après le crash boursier de 1929, dans une famille où l’on a dû apprendre à très vite rebondir ;

– dès l’enfance, Warren Buffett se révèle un véritable petit homme d’affaires ;

– Buffett montre autant de ténacité dans sa vie personnelle que dans sa vie professionnelle ;

– Warren Buffett transforme Berkshire Hathaway, une modeste entreprise de textile, en une star de la bourse ;

– grâce à son grand sens de la probité, Warren Buffett est capable de retourner les situations les plus délicates à son avantage ;

– Warren Buffett a développé une philosophie des affaires et une stratégie boursière qui lui permettent d’être à l’abri des fluctuations de Monsieur le Marché ;

– Warren Buffett a organisé sa vie personnelle autour de sa détermination implacable à faire de l’argent, sans en profiter réellement ni en faire profiter sa famille ;

– en dénonçant des scandales financiers ou en aidant à redresser des entreprises, Buffett donne l’image d’un investisseur honnête qui mène son activité en s’appuyant sur un certain nombre de valeurs morales ;

– Warren Buffett, parfois traité de conservateur, se révèle pourtant visionnaire, et devient l’oracle d’Omaha ;

– Warren Buffett a choisi de distribuer son héritage de son vivant.

1 réflexion sur “Warren Buffet, l’effet boule de neige”

  1. I must thank you for the efforts youve put in penning this site. I am hoping to check out the same high-grade blog posts by you in the future as well. In fact, your creative writing abilities has motivated me to get my very own blog now 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.